Prévention du suicide chez les adolescents et les jeunes adultes : le rôle clé du médecin généraliste

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15–24 ans en France, derrière les accidents de
la route. Chaque année, des milliers de jeunes tentent de mettre fin à leurs jours. Face à ce fléau
silencieux, le médecin généraliste occupe une place stratégique pour repérer, accompagner et
orienter les jeunes en détresse.

Un phénomène multifactoriel en forte progression

Les idées suicidaires chez les jeunes sont en hausse, exacerbées par des facteurs multiples :

  • Troubles psychiques (dépression, troubles anxieux, troubles du comportement alimentaire)
  • Harcèlement scolaire ou cyberharcèlement
  • Isolement social, conflits familiaux
  • Contexte socio-économique précaire
  • Usage problématique des écrans ou des réseaux sociaux

Certains signes doivent alerter, même s’ils sont parfois discrets : repli sur soi, troubles du sommeil,
conduites à risque, chute des résultats scolaires, automutilations, discours dévalorisants ou évoquant
la mort.

Le rôle du médecin généraliste : repérer, écouter, orienter

Le généraliste est souvent le premier professionnel de santé consulté, parfois pour un motif
somatique masquant une souffrance psychique.

Repérage précoce

Il repose sur une écoute active et empathique. Des questions ouvertes peuvent faciliter l’expression
du mal-être :

  • « Comment te sens-tu en ce moment ? »
  • « Tu sembles très fatigué(e), est-ce que quelque chose te préoccupe ? »
  • « As-tu déjà pensé que la vie ne valait pas la peine d’être vécue ? »

Utiliser des outils d’évaluation simples comme le PHQ-9 adapté aux adolescents ou le Columbia-
Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS) peut aider à objectiver le risque suicidaire.

Création d’un climat de confiance

L’alliance thérapeutique est fondamentale, en particulier avec les adolescents qui peuvent se montrer
méfiants. Il est essentiel d’expliquer le cadre de confidentialité, tout en rappelant que certaines
informations peuvent devoir être partagées en cas de danger vital.

Orientation vers des structures spécialisées

En cas de risque suicidaire avéré ou élevé :

  • Orienter rapidement vers un pédopsychiatre ou un centre médico-psychologique (CMP)
  • Si besoin, engager une hospitalisation en urgence via les services de psychiatrie
  • Mettre en place un suivi rapproché, en collaboration avec la famille, l’école et les
    intervenants médico-sociaux

Prévenir en amont : un travail de réseau

Le généraliste peut participer à la prévention par :

  • La sensibilisation des parents et éducateurs
  • L’identification des jeunes à risque même en l’absence de plainte explicite
  • La collaboration avec les psychologues scolaires, les infirmiers de l’Éducation nationale, les
    maisons des adolescents

En conclusion

La prévention du suicide chez les jeunes repose sur une approche proactive, bienveillante et
coordonnée. En tant que professionnel de premier recours, le médecin généraliste a un rôle central
pour briser le silence, détecter les signaux faibles et enclencher un accompagnement adapté.